gagner

6e édition

GAGNER.

v. a.
■  Faire un gain, tirer un profit. Un bon ouvrier peut gagner tant par jour. Il a gagné cent mille francs sur sa charge. Une si forte somme ne se gagne pas en un jour. On l’emploie souvent absolument. Il a beaucoup gagné dans le commerce, dans cette entreprise. Je ne gagne point sur ce marché.
Gagner sa vie à filer, à chanter, etc., Gagner de quoi vivre en filant, en chantant, etc.
Absol., Gagner sa vie, Gagner de quoi vivre en travaillant. Il gagne bien sa vie. Ce pauvre homme a bien de la peine à gagner sa vie. On dit dans le même sens, Gagner son pain à la sueur de son corps, à la sueur de son front.
Prov. et fig., N’est pas marchand qui toujours gagne, On doit s’attendre à des contrariétés, à des vicissitudes, dans les affaires de la vie.
Gagner, se dit aussi en parlant Du gain que l’on fait au jeu ou aux loteries. Il a gagné deux cents francs à l’écarté. Gagner à la loterie. Gagner un extrait, un ambe, etc. Gagner un lot.
Gagner quelqu’un, Lui gagner son argent au jeu. Cet homme-là me gagne toujours. Je n’ai jamais pu le gagner. Il gagne tout le monde.
Jouer à qui perd gagne, Jouer à un jeu où l’on convient que celui qui perdra selon les règles ordinaires, gagnera la partie. Cela se dit, figurément et familièrement, Lorsqu’un désavantage apparent procure un avantage réel.
Au Jeu de la paume, Au dernier la balle la gagne, Pour gagner la chasse, il faut mettre la halle au dernier, ou plus près du fond du jeu.
À certains Jeux, Telle carte gagne, signifie que Celui qui a cette carte gagne ce qu’on y a mis.
Aux Loteries, Tel billet, tel numéro gagne, Il est échu un lot à tel billet, à tel numéro.
Gagner, signifie encore, Obtenir, remporter quelque chose que l’on désire. Il a gagné le prix de la course, de la lutte. Vous ne gagnerez rien à lui parler de cela. Je n’ai pu lui persuader cela, voyez si vous y pourrez gagner quelque chose. Vous vous tourmentez inutilement pour cette affaire, vous n’y gagnerez rien.
Il se dit, particulièrement, De l’avantage que l’on remporte dans une lutte ou un débat quelconque ; et alors le régime indique l’espèce de lutte ou de débat. Gagner une bataille, la bataille. Gagner sa cause. Gagner son procès. Gagner une gageure, un pari. Gagner la partie.
Il se joint quelquefois avec la préposition Sur, pour marquer sur qui l’on remporte l’avantage. Il a gagné le prix sur un tel.
Gagner quelque chose sur quelqu’un, sur l’esprit de quelqu’un, Lui persuader quelque chose, en obtenir quelque chose. Je n’ai jamais pu gagner cela sur lui. On dit de même, Tâchez de gagner cela sur vous, Faites cet effort sur vous, faites-vous violence en cela, obtenez cela de vous.
Gagner temps, gagner du temps, Ménager le temps, employer le temps pour avancer ou pour différer. Écrivez par ce courrier pour gagner temps. Il fit mille chicanes pour gagner temps, pour gagner du temps.
Gagner, signifie aussi figurément, Mériter. Il l’a bien gagné. Il gagne bien l’argent qu’on lui donne. Il gagne bien son argent. Si je faisais cela pour cette somme, je la gagnerais bien.
Ironiq., Il l’a bien gagné, se dit De quelqu’un qui s’est exposé volontairement à un affront, à une déconvenue, etc. Il n’a pas à se plaindre, il l’a bien gagné.
Gagner le ciel, gagner le paradis, Mériter d’aller dans le ciel, d’aller en paradis.
Gagner le jubilé, les indulgences, Mériter les grâces qui y sont attachées.
Gagner les œuvres de miséricorde, Faire des œuvres de charité, gagner les récompenses que Dieu a promises. Servir les malades, visiter les prisonniers, c’est gagner les œuvres de miséricorde.
Gagner, signifie encore figurément, Acquérir, en parlant Des cœurs, des esprits, etc. Gagner le cœur de quelqu’un. Il m’a gagné le cœur. Gagner le cœur des peuples. Sa bonté lui gagne tous les esprits. Ce ton de franchise me gagna. Gagner l’amitié, l’affection, la bienveillance de quelqu’un. Gagner les bonnes grâces du prince. Gagner les suffrages, les voix.
Il signifie également, Attirer quelqu’un à son parti, se le rendre favorable. Il faut gagner cet homme-là, à quelque prix que ce soit, et l’avoir pour nous.
Il se prend souvent en mauvaise part, dans le sens de Corrompre. Il avait gagné le geôlier. Il avait gagné les juges, les témoins, les gardes. Gagner quelqu’un à force d’argent.
p. 815Gagner, se dit aussi en parlant Des avantages, des qualités qu’une personne ou qu’une chose acquiert. Ce jeune homme gagne en modestie, ce qu’il perd en vivacité. Le langage perdit en naïveté ce qu’il gagnait en élégance et en finesse. L’art ne gagne rien à ces innovations bizarres. On l’emploie souvent absolument. Ce jeune homme a beaucoup gagné depuis que je ne l’ai vu. Cette femme gagne à être vue aux flambeaux. Cette statue gagne à être vue de ce côté. Cette pièce de théâtre gagne beaucoup à la représentation.
Il gagne beaucoup à être connu, Plus on le connaît, plus on l’estime. On dit dans le sens contraire, Il ne gagne pas à être connu.
Gagner, signifie en outre, Prendre quelque mal, tomber dans un inconvénient. Je dois bien me souvenir de ce voyage-là, j’y ai gagné un bon rhume. J’y gagnai une pleurésie. C’est un mal qui se gagne facilement. Il n’y a que des coups à gagner.
Gagner du mal, Prendre quelque maladie honteuse.
Gagner, signifie quelquefois, S’emparer, se rendre maître. Gagner la contrescarpe. Gagner la demi-lune, le bastion, etc. Gagner du terrain. Gagner le fort de l’épée.
Fam., Gagner chemin, gagner pays, Avancer, faire du chemin. Il est tard, gagnons chemin. Gagnons pays. On dit aussi, Gagner du chemin, gagner du pays.
En termes de Marine, Gagner le vent, le dessus du vent, Prendre le dessus du vent.
Fig. et fam., Gagner le dessus, Prendre l’avantage, avoir l’avantage, surmonter.
Gagner, signifie aussi, Se diriger vers quelque endroit, et y arriver, y parvenir. Gagner le rivage. Gagner la haute mer, le large. Gagner le gîte. Gagner le logis. Il faut gagner le grand chemin pour arriver à ce village. Il avait déjà gagné la frontière, lorsqu’on l’arrêta. On dit dans un sens analogue : Gagner le temps. Gagner l’heure. Etc.
Prov. et fig., Gagner au pied ; gagner la guérite, le haut ; gagner les champs, le taillis ; gagner le large, S’enfuir.
Fam., Gagner la porte, Se diriger vers la porte pour s’enfuir.
Gagner le devant, gagner les devants, Partir avant quelqu’un, le dépasser en allant plus vite. Gagnons le devant, les devants, pour arriver plus tôt qu’eux.
Gagner quelqu’un de vitesse, Arriver avant lui, parce qu’on est allé plus vite. Gagner l’ennemi, gagner un vaisseau, etc., Le joindre, l’atteindre, ou même le dépasser. On dit, en des sens analogues : La nuit nous gagne. Hâtons-nous, le temps nous gagne.
Fig., Gagner quelqu’un de vitesse, Le prévenir. Je voulais avoir cette place, mais il m’a gagné de vitesse. On a dit aussi, dans le même sens, Gagner de la main.
Gagner, se dit encore, tant activement que neutralement, Des choses qui font du progrès, qui s’étendent, se propagent. Le feu gagnait déjà la maison voisine. Le feu a gagné jusqu’au toit. L’eau a gagné le second étage, jusqu’au second étage. La gangrène a gagné le dedans, au dedans. La contagion gagna plusieurs quartiers de la ville. La contagion gagna rapidement, gagna jusqu’à telle province. Ces doctrines gagnèrent les hautes classes, gagnèrent parmi le peuple.
Il se dit quelquefois Des besoins, des maux qui se font sentir par degrés. La faim me gagne. Le sommeil commençait à me gagner. Le froid m’avait déjà gagné.
En termes de Manége, Gagner l’épaule d’un cheval, Corriger par le secours de l’art quelque défaut dans cette partie. Gagner la volonté d’un cheval, Triompher, par la patience et par la douceur, de la résistance de l’animal. Votre cheval vous gagne, Vous n’en êtes plus le maître.
Gagné, ée. participe.
Fam., Donner gagné, se dit D’une personne qui reconnaît que son adversaire l’emporte, qu’il a gagné. Je vous donne gagné. On dit aussi, Donner cause gagnée, et dans un sens analogue, Avoir cause gagnée.
Fig. et fam., Avoir ville gagnée, Avoir remporté l’avantage qu’on se promettait. Crier ville gagnée, Crier qu’on a remporté le prix, l’avantage.
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