gagner

GAGNER

conjugaison verbe transitif
Étymologie : xiie siècle, gaaigner. Issu du francique *waidanjan, « se procurer de la nourriture, faire paître le bétail ».

I.

I. Obtenir un gain, un profit, un avantage.
1.  Acquérir une certaine somme d’argent par son travail, son initiative. Gagner tant par jour, par mois. Combien gagne-t-il ? Il gagne beaucoup d’argent. Il a gagné des millions grâce à ce brevet, sur cette vente. Une si forte somme ne se gagne pas en un jour.
▪ Loc. Bien gagner, mériter, en particulier mériter un salaire, une récompense. Il gagne bien l’argent qu’on lui donne. On dit, dans un sens contraire, De l’argent vite gagné, mal gagné, qui n’est pas le fruit d’un travail régulier ou honnête. Fig. Prendre un repos bien gagné, qui succède à de durs efforts, à une vie de labeur. Iron. On l’a remis à sa place, il l’avait bien gagné.
▪ Expr. et loc. Gagner de l’or ou, fam., gagner gros, gagner des mille et des cents, faire de larges profits, de gros bénéfices. Manque à gagner, occasion qu’on laisse échapper de faire un profit ; par métonymie, gain, bénéfice qu’on escomptait et qu’on n’a pu réaliser. Par métonymie. Gagner sa vie, se procurer par son travail l’argent nécessaire à ses besoins. Il gagne largement sa vie. Gagner son pain.
▪ Elliptiquement. Gagner à la Bourse, en Bourse. Gagner au change, voir Change. Absolument. Réaliser des bénéfices. Je gagne, je ne gagne pas sur ce marché.
2.  Recueillir un gain, entrer en possession d’un bien par l’effet des circonstances, du hasard, de la chance. Gagner de l’argent aux courses, au jeu, à la loterie. Il a gagné cinq mille francs à la roulette. Gagner un lot, gagner le gros lot. Elliptiquement. Gagner à la tombola, aux cartes. À tous les coups, l’on gagne, formule par laquelle les loteries foraines cherchent à attirer les chalands.
▪ Par métonymie. Cette carte, ce numéro, ce billet gagne tant, gagne le gros lot.
3.  Obtenir quelque chose d’honorable ou d’avantageux. Il a gagné ses galons au feu. Il a gagné la gloire par cet exploit. Elle y a gagné de devenir célèbre. Qu’y gagnerez-vous ? Il ne gagnera rien à refuser. Vous avez tout à gagner à ce choix, à faire ce choix. Il a tout perdu en voulant trop gagner. Plaisamment. Il n’y a dans cette aventure que des coups à gagner.
▪ Expr. Gagner le ciel, gagner son ciel, accomplir des œuvres bonnes, suivre les préceptes de l’Évangile, en vue d’obtenir la vie éternelle. C’est toujours cela de gagné (fam.), se dit lorsque, dans une affaire risquée, on obtient un succès partiel. Gagner sur tous les tableaux, tirer d’une situation tous les avantages, tous les bénéfices possibles. Gagner du temps, parvenir à faire quelque chose en moins de temps qu’on ne l’aurait fait par un autre moyen. Ce raccourci vous fera gagner du temps, vous fera gagner une heure. Signifie également différer, repousser l’accomplissement de quelque chose, dans l’espoir de tirer avantage du délai obtenu. L’important dans ce procès est de gagner du temps. Il fit mille objections pour gagner du temps.
▪  Gagner à, y gagner, trouver avantage à. Il gagnera à s’associer à vous, à cette association. Vous gagneriez à ce que cette affaire ne s’ébruite pas. Cette toile gagne à être vue à la lumière du jour. Ce vin gagnera à vieillir. Ce garçon gagne à être connu, plus on le connaît, plus on l’estime. Ce livre a été remanié, il y gagne.
4.  Acquérir une qualité ; progresser dans un domaine donné. Gagner de la force, de la résistance. À votre contact, il a gagné de l’esprit, du jugement. Intransitivement. Il a beaucoup gagné en assurance. Absolument. Ce jeune homme a gagné depuis notre première rencontre.
5.  Se concilier, se rendre favorable ; disposer en sa faveur. Gagner la confiance, l’estime de quelqu’un. Il a su gagner notre affection. Gagner des suffrages, des voix. Son amitié ne se gagne pas facilement. L’enthousiasme gagna l’auditoire. Sa bonté lui gagnait tous les cœurs. Gagner les bonnes grâces de quelqu’un. Gagner une personne à son opinion, à son parti, la rallier à son opinion, à son parti. Il faut gagner cet homme-là à notre cause. Spécialement. Se concilier par des promesses, des offres d’argent ; circonvenir. Gagner des témoins. Le geôlier se laissa gagner.

II.

II. Conquérir l’avantage dans un affrontement, une compétition.
1.  Faire tourner à son avantage ; l’emporter dans une lutte, un combat, etc. Gagner un procès. Gagner sa cause. Avoir cause gagnée, être assuré d’obtenir un jugement favorable. Gagner une bataille, la bataille. Gagner la guerre. Gagner une position, un bastion, l’emporter en défaisant l’adversaire. Expr. vieillie. Avoir ville gagnée, être sûr de sa victoire.
▪ Marque de domaine : sports. Marque de domaine : jeux. Gagner une partie d’échecs, un tournoi de tennis. Gagner une épreuve, un championnat. Gagner aux points un combat de boxe. La partie était gagnée d’avance. Avoir partie gagnée, se dit du concurrent dont la victoire semble assurée dès le début de la rencontre. Gagner un pari, l’emporter. Par extension. Gagner le prix, la coupe. Gagner un titre de champion. Intransitivement. Gagner à la course, aux échecs. Ce cheval a gagné de plusieurs longueurs. Absolument. Qui a gagné ?
▪ Expr. Jouer à qui perd gagne, en convenant que celui qui perdra remportera l’enjeu ; se dit familièrement lorsqu’un désavantage apparent procure un avantage réel.
▪ Fig. et vieilli. J’ai gagné sur lui qu’il ajournerait sa décision, j’ai obtenu cela de lui. Tâchez de gagner cela sur vous. J’ai gagné sur moi de n’y plus penser.
▪ Spécialement. Gagner du terrain sur une personne, prendre de l’avance sur elle dans une course, une poursuite et, fig., progresser par rapport à elle. L’ennemi a gagné du terrain sur nos troupes. S’emploie souvent avec un seul des deux compléments. Les poursuivants gagnent du terrain. Ces idées gagnent du terrain. Cette entreprise gagne du terrain. La mer gagne sur la côte ou, absolument, la mer gagne. Se dit aussi parfois de l’augmentation ou de la diminution du coefficient de la marée. La marée gagne, la marée perd.
2.  Vaincre un adversaire, prendre l’avantage sur lui. Gagner quelqu’un au jeu, à la course (vieilli), l’emporter sur quelqu’un. Gagner une personne de vitesse, aller plus vite qu’elle, la devancer et, fig., la prévenir, faire avant elle une visite, une démarche, etc. Gagner l’ennemi de vitesse. Son rival l’a gagné de vitesse.
▪ Marque de domaine : équitation. Un cheval qui gagne son cavalier à la main, qui, en s’appuyant sur le mors, cherche à dépasser l’allure voulue par le cavalier. – Marque de domaine : marine. Intransitivement. Gagner au vent, progresser contre le vent, remonter au plus près du vent.

III.

III. Se diriger vers quelque endroit, et y parvenir.
Vous devez gagner les abris en cas d’alarme. On l’arrêta avant qu’il eût gagné la frontière. Le navire gagna la haute mer, le large. Il nous fallut trois heures pour gagner à pied le refuge. Expr. Gagner les champs, le taillis, le large (fam.), s’enfuir. Gagner le maquis, s’y réfugier, s’y cacher. Gagner la porte, gagner la sortie, se diriger vers la porte, vers la sortie et, par extension, s’échapper en hâte.
▪ En parlant de ce qui se propage, s’étend par degrés. Le feu gagnait déjà la maison voisine. L’eau a gagné le second étage. La contagion gagna plusieurs quartiers. Vieilli. La varicelle se gagne facilement, est très contagieuse. Absolument. L’incendie, l’inondation gagne. La gangrène a gagné.
▪ Fig. L’insurrection, la grève gagne tout le pays. Ces idées gagnent toute la population ou, absolument, gagnent parmi la population.
▪ Se dit de certaines sensations, de certains sentiments. La faim, le sommeil commençait à nous gagner. Le froid l’avait déjà gagné. L’ennui gagna l’auditoire. Être gagné par l’émotion, par les larmes.
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